Devenir sirène : un an de baignades en Irlande

A l’aube du solstice d’été, j’ai célébré un an de baignades sauvages.

Marquant l’occasion en mer avec un record de temps dans l’eau (25 minutes), le jour le plus long de l’année.
Submergée dans les flots dorés de la mer d’Irlande avec ma bande de Greystones Seagirls.
Les yeux pleins de soleil.
Le corps flottant dans l’étreinte fraîche de la mer.
Le cœur éclatant de gratitude.

Joyeux nagiversaire à moi !

Un an de baignades sauvages

Mon année de baignades sauvages a débuté sous la pleine lune de juin 2019 et s’est achevée à l’aube du solstice d’été 2020.

365 jours de baignades en mer d’Irlande, mais aussi dans l’Atlantique sauvage, dans des rivières de France et dans des lacs alpins de haute altitude.

Douze mois de baignades par tous les temps, ou presque – houleuses, calmes, difficiles, magiques. Chacune d’elles une victoire. Une victoire pour la paix intérieure, le courage et l’amitié.

Un an pour devenir sirène.

Ma première baignade en mer d’Irlande remonte à 2017. Bien qu’étant immédiatement tombée amoureuse des sensations extraordinaires de la nage en eau froide, je me cantonnais à une pratique saisonnière.

Ainsi, ma saison en plein air durait cinq mois, de juin à octobre, voire début novembre au plus tard. Je raccrochais alors mon maillot de bain et mes lunettes pour les mois les plus froids de l’année, me rabattant sur la piscine publique pour continuer de nager.

Quand je fis mes premiers pas en mer sous la “pleine lune des fraises” il y a un an, j’étais loin de me douter que cette routine était sur le point de changer.

Ma copine Hayley, elle-même nageuse quatre saisons, créa un groupe WhatsApp dénommé “Baignade de la pleine lune”, invitant une douzaine de femmes à se baigner au lever de lune un lundi soir à 22 heures.

J’acceptai timidement l’invitation. Je ne connaissais vaguement qu’une ou deux des participantes, ce qui, introversion oblige, me remplit toujours d’appréhension.

La baignade, froide, sombre et totalement grisante, noya toutes mes hésitations ! Ensuite, l’after party sur la plage, avec des petits fours en forme de sirène, du prosecco et des fraises, bien sûr, acheva de me rassurer : j’étais en fine compagnie !

 

 
 
 
 
 
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Au terme d’un été exceptionnel de baignades sauvages en France, je revins à la mer d’Irlande à la fin août. En septembre, je commençai à retrouver Hayley et quelques autres, une fois par semaine en moyenne, pour partager une baignade après avoir emmené les graines de chêne à l’école. 

Notre groupe WhatsApp, bientôt rebaptisé “Seagirls” (un calembour sur le mot seagull, qui signifie “mouette”), continuait de s’élargir (nous sommes maintenant plus de 40) et je continuais de rencontrer d’autres copines de baignade. J’avais trouvé ma tribu.

100+ baignades sauvages

Un décompte rapide a révélé que je me suis baignée plus d’une centaine de fois en douze mois. Pas mal pour une apprentie sirène, non ?

Evidemment, mon année de baignades a été marquée par de nombreuses premières, dont ma première baignade à l’aube, ou baignaube, pour l’équinoxe d’automne

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Ma toute première baignaube. La houle inattendue a rendu la baignade énergisante. Mais de voir le soleil d’équinoxe se lever sur la mer d’Irlande alors que j’allais et venais dans la houle aux mille reflets lumineux fut un moment magique.

Parmi les autres temps forts de mon année aquatique, figurent deux baignades inoubliables dans des lacs de montagne des Alpes, dans le massif des Ecrins.

Le lac Laramon et le lac des Béraudes, avec des altitudes respectives de 2359 et 2504 mètres, nous ont vus battre notre record d’altitude, jusque-là détenu par le lac du Bouchet, en Haute-Loire (alt. 1000 m). Y’a pas baignade plus sauvage que ça !

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Lac Laramon (alt. 2359 m)

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Lac des Béraudes (alt. 2504 m)
Ce lac splendide, véritable pierre précieuse dans un écrin minéral, détient désormais notre record de baignade en altitude. A ces hauteurs, le manque d’oxygène rend la respiration difficile quand on nage. Ou est-ce la faute à sa beauté à couper le souffle ?

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Nager dans les Pollock Holes, sur la péninsule de Loop Head, Co Clare, à la fin octobre, fut comme un rêve qui se réalisait. Nageant sous le vaste ciel d’Irlande, dans les eaux atlantiques calmes et limpides des Pollock Holes, tandis que l’océan rugissait et remuait à quelques mètres de là.

Je voulais explorer ces bassins de marée depuis la lecture de Ireland’s Adventure Bucket List, un livre de Helen Fairbairn publié en 2018.

Le fond était tapissé d’algues colorées, douces comme du velours sous les pieds. L’eau paraissait tropicale, même si la température suggérait une autre latitude.

Flottant sur le dos sous le grand soleil d’automne, je fermai les yeux, et le temps suspendit son vol. Si je gardais les bras et les jambes immobiles, c’était comme s’ils avaient cessé d’exister. Une expérience sensorielle à nulle autre pareille. Un moment de calme absolu dans l’étreinte glacée de l’océan Atlantique.

Ce fut ma baignade préférée de 2019. Une baignade de rêve.

Baignade de rêve dans les Pollock Holes, Loop Head, Co Clare, à la fin octobre.

A ce moment-là de la saison, mon poncho DryRobe, doublé en polaire, était devenu un accessoire indispensable de mes baignades sauvages. Peu m’importe les combinaisons de plongée : jamais je n’aurais pu nager tout l’hiver sans ma fidèle DryRobe.

Trois semaines après ma première baignade de décembre, ce fut le tour de ma première baignaube du solstice d’hiver. Oubliant les microbes de saison. Partageant l’amour de la mer. Célébrant le retour de la lumière. La magie du solstice.

 

 
 
 
 
 
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Début d’année à la nage

Sachant que la température de la mer est au plus bas en février et mars, je m’étais fixé pour objectif de continuer les baignades sauvages jusqu’à Noël. Le dernier mois de l’année fut marqué par ma première baignade de décembre, la baignaube du solstice d’hiver et la traditionnelle baignade de Noël. C’est alors que j’ai pensé : “pourquoi s’arrêter maintenant ?”

D’une baignade hebdomadaire en moyenne (évitant autant que possible de passer une semaine entière sans me baigner), je commençai à descendre à la plage deux à trois fois par semaine.

 

 
 
 
 
 
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Pourtant, chaque fois, c’est la même bataille entre corps et esprit, entre confort et défi, entre doute et détermination. Toutes. Les. Fois.

Et c’est une bataille que je gagne à chaque fois. Comme j’emprunte le chemin familier de la plage à Greystones, les battements de mon cœur s’accélèrent à la vue de la mer. Est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que je veux vraiment le refaire ?

Etrange comme un baignade en mer est à la fois stimulante et calmante.
A la fois mouvement et immobilité.
Une tension et un lâcher-prise.

Mais la compagnie et l’amitié chaleureuse des Greystones Seagirls est un encouragement. Alors je retourne à la mer, encore et encore. Pour me sentir connectée. Courageuse. Vivante.

Journée internationale des Femmes

La baignaube organisée par les Greystones Seagirls le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des Femmes, a été un autre moment fort de mon année de baignades sauvages.

Plus de 70 femmes se sont jetées à l’eau, en un geste de soutien à Women’s Aid Ireland (l’équivalent irlandais de la Fondation des Femmes).

Des femmes qui ont fait des vagues ensemble pour soutenir d’autres femmes. Des femmes célébrant les femmes avec une baignade exaltante, et du thé et des gâteaux.

C’était magnifique.

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Les regards et les cris, les gâteaux et les rires, les exclamations et l’euphorie : les sourires en disaient plus long que les mots.

Ce fut une célébration à nulle autre pareille.

Toutes en rang pour la Journée internationale des Femmes.
© Carole McGloughlin Speer Photography

Puis ce fut comme si l’herbe avait été coupée sous nos pieds. Une baignade et cinq jours plus tard, l’Irlande imposait un confinement total.

Les baignades partagées et les conversations sur la plage devinrent une chose du passé, comme les mesures de distanciation physique se faisaient de plus en plus lourdes et contraignantes.

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Heureusement, l’accès à la plage resta autorisé, pourvu qu’on habite à moins de 2 km. Malgré tout, la baignade en solo s’est vite avérée un pâle substitut.

Pourtant, loin d’espacer mes baignades, je commençai à me jeter à l’eau aussi souvent que la mer le permettait. Repérer de loin une des Seagirls et échanger quelques mots à distance étaient tout ce qu’il restait de notre tribu brutalement dispersée.

Au bout de trois semaines de confinement, j’ai soudain réalisé à quel point mes copines de baignade me manquent. J’étais sortie pour une baignade de fin d’après-midi. La mer était houleuse, l’eau glaciale. Le soleil disparut bientôt derrière les nuages, et la plage sombra dans le silence, soudain dépourvue de toute couleur.

Selfie à distance avec Hayley, deux mois après le début du confinement. 

Baignades mère-fille

Avril s’écoula dans un flou artistique, marqué par une baignade ensoleillée pour mon anniversaire. En mai, l’eau commença à se réchauffer. Brian et les graines de chêne se jetèrent à l’eau pour la première fois de l’année.

Sirène, fidèle à son surnom, est devenue ma compagne de baignade. D’abord, elle ramassait du verre de mer pendant que je nageais. Mais depuis sa première baignade au début mai, elle m’accompagne dans l’eau toutes les fois. Elle nage plus loin et reste plus longtemps à chaque fois.

Le confinement, ayant annihilé le stress et les distractions de notre normale d’avant, nous a rapprochées. Et ça me fait chaud au cœur !

Baignade solo pour mon anniversaire.

Ma Sirène et moi, tous sourires après une baignade mère-fille.

En juin, le début du déconfinement nous a permis de nous rassembler sur la plage avant l’aube pour l’anniversaire de Hayley, l’instigatrice des Greystones Seagirls.

Ce fut bizarre de devoir rester à 2 mètres les unes des autres sans pouvoir s’embrasser. Mais au bout de près de trois mois de séparation, nous avons enfin pu nous baigner ensemble, comme un soleil rose se levait lentement au-dessus de l’eau soyeuse.

Soleil rose pour la baignaube d’anniversaire de Hayley. Photo prise par Joanne, une des Seagirls.

365 jours de baignades sauvages au solstice d’été

Le solstice d’été a marqué une année entière de baignades sauvages pour moi. Quelle meilleure façon de fêter ça qu’une baignade à l’aube du jour le plus long de l’année avec les Greystones Seagirls ?

Sortant du lit à une heure indue (4h15 pour être précise), je suis descendue à la plage pour la session de yoga organisée par Min (Minaste Yoga), une des Seagirls, au profit du Réseau irlandais contre le Racisme

Les mots me manquent pour exprimer le bonheur de retrouver ma tribu de Seagirls.

Saluant le soleil, s’avançant ensemble dans la lumière du plein été ;
Nageant dans le halo doré du soleil levant ;
Quittant les ténèbres du confinement pour entrer dans la seconde moitié de l’année.
Dans le bleu soyeux je glisse, flottant entre eau et lumière, devenant sirène.

 

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