Les arbres sont des poèmes que la Terre écrit au ciel

Toute la semaine, j’ai eu la tête dans les arbres.

Dimanche dernier, nous avons regardé en famille le documentaire A Life On Our Planet (disponible sur Netflix), réalisé par le célèbre naturaliste anglais David Attenborough.

Plusieurs fois, j’ai vu notre enfant sauvage Ecureuil tressaillir à la vue d’arbres abattus implacablement. 

Plus loin, le documentaire explique que l’interdiction de la chasse à la baleine est intervenue parce que l’opinion publique mondiale s’est indignée de la cruauté de l’industrie baleinière.

C’est alors qu’une idée a germé dans mon esprit.

Et si l’abattage d’arbres devenait aussi révoltant pour le public que la chasse à la baleine ? Une interdiction mondiale de déforestation serait-elle alors une possibilité ?

Déforestation

En 80 minutes, David Attenborough, 94 ans, délivre son témoignage personnel sur la disparition progressive des espaces sauvages de la planète. Son film est un constat consternant de l’emprise destructrice de l’humanité sur le monde vivant.

Quand j’ai demandé à Jedi, 14 ans, ce qu’il ressent à l’idée de tout ce qu’on a déjà perdu, il a répondu : “Evidemment que ça me rend triste. Si ça n’était pas le cas, ça voudrait dire que je n’ai pas de cœur.”

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Des chiffres et statistiques effarantes que David Attenborough cite tout au long du film, ceux sur la déforestation ont retenu mon attention. Les humains ont coupé plus de 3 milliards d’arbres, soit la moitié des forêts mondiales. Une perte catastrophique qui met des millions d’espèces vivantes, nombre d’entre elles encore non-identifiées, à risque d’extinction.

Ce ne sont pas seulement les arbres qui font une forêt, mais les nombreuses espèces animales et végétales qui vivent dans le sol, le sous-bois et la canopée.

Situation des forêts du monde 2020
FAO

A Life On Our Planet est aussi un plaidoyer. David Attenborough nous exhorte à l’action immédiate, pour sauver ce qui reste du monde vivant. Car les humains sont aussi capables d’abandonner leurs pratiques destructrices et de restaurer la nature. Il y a des précédents, comme le rétablissement des populations de baleines depuis la fin des années 1980.

A l’époque, un tollé général quant aux pratiques épouvantables de l’industrie baleinière a conduit en 1986 à l’adoption d’un moratoire sur la chasse à la baleine. Il reste en place à ce jour. 

Sauver les arbres

Entendre les chants envoûtants de baleines à bosse dans un des documentaires de David Attenborough a transformé la perception du grand public quant à ses animaux fascinants. Soudain, les grands cétacés n’étaient plus considérés comme une ressource à exploiter sans merci, mais comme des animaux intelligents et mystérieux dont la disparition serait une tragédie pour la planète. 

Il nous faut maintenant un revirement similaire pour les arbres. 

Ce changement d’attitude est déjà en cours. Grâce à des livres comme La Vie Secrète des Arbres, qui révèle les secrets insoupçonnés du “wood wide web“, le public commence à réaliser que les arbres sont plus complexes et intelligents qu’on se l’imagine.

Toutes les façons dont vous [humains] nous imaginez sont toujours des amputations. Votre espèce ne nous voit jamais entiers. Vous en manquez la moitié, et plus encore. Il y en a autant sous la surface qu’au-dessus. 

L’Arbre-Monde
Richard Powers

Bientôt, abattre des arbres et raser des forêts nous paraîtra aussi scandaleux que le massacre des baleines. Les arbres, comme les cétacés, sont des doux géants dont nous ne connaissons rien, ou presque.

Les arbres sont des êtres vivants

En regardant A Life On Our Planet, Ecureuil a tressailli à plusieurs reprises, notamment à la vue d’arbres s’effondrant à grand fracas dans la forêt amazonienne – sauvagement abattus pour faire place à une monoculture de palmiers à huile. Son cœur plein de compassion a été touché par la cruauté de ces images. 

Parce qu’il sait. Il sait que les arbres ne sont pas que du bois. Les arbres sont des êtres vivants. 

“J’arrive à voir quand un arbre dort”, nous rappelle-t-il de temps à autre. “Quand un arbre dort, ses branches retombent un peu.”

L’été dernier, il a lu Ecoute Les Arbres Parler, de Peter Wohlleben, auteur de La Vie Secrète des Arbres. C’est ainsi qu’il a appris, entre autres, que les arbres ont besoin d’obscurité pour récupérer de leur travail quotidien, qui consiste à fabriquer du bois à partir d’air et d’eau. C’est pour cette raison que les arbres urbains qui poussent près d’un lampadaire d’éclairage public ne deviennent pas très vieux. 

Il y a un platane devant notre maison, que les graines de chêne ont affectueusement baptisé Groot (comme le personnage-arbre des Gardiens de la Galaxie). A notre retour de France à la fin août, Ecureuil et Sirène ont été enchantés de voir que le lampadaire voisin n’éclairait plus. Parce que Groot pourrait enfin “dormir un peu”.

(L’ampoule en question a depuis été remplacée par un modèle LED encore plus brillant, au grand désespoir des graines de chêne.)

Il est temps que nous commencions à voir les arbres comme Ecureuil les voit – non pas comme une ressource renouvelable de bois qui vaut plus mort que vivant, mais comme un être vivant avec des besoins, des sensations et des droits.

Il est temps que nous commencions à apprécier les arbres comme lui – non pas comme une technologie naturelle fournissant des “services écosystémiques” indispensables (tels que la capture de CO2, la production d’oxygène, la filtration de l’eau, le recyclage des nutriments, etc.), mais comme des voisins bienveillants avec qui nous avons la chance de partager cette planète.

Il est temps que nous commencions à aimer les arbres comme lui – comme des proches qui pensent, ressentent et communiquent, quoique de façon profondément mystérieuse pour nous.

Pour l’amour des arbres

Quand le massacre des arbres, que ce soit dans les forêts tropicales ou tout près de chez nous, deviendra aussi choquant que la chasse à la baleine, peut-être que les Nations Unies imposeront un moratoire sur la déforestation ?

Avant d’en arriver là, nous devons passer outre les justifications rationnelles pour le massacre de la nature.
Nous devons commencer à aimer les arbres.
Nous devons ré-ensauvager nos esprits.

Il est temps d’écouter notre cœur et de passer à l’action, pour l’amour des arbres.

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