Ecrire une forêt en gaëlique

J’ai commencé à apprendre le gaëlique. En quelque sorte. Il y a quelques semaines, je me suis inscrite, presque sur un coup de tête (à dire vrai, plutôt un coup de cœur), à un cours de gaëlique pas comme les autres intitulé Scoil Scairte : neuf semaines au cœur et à l’âme de la langue vernaculaire d’Irlande. 

“Scoil Scairte consiste en un apprentissage dynamique du gaëlique, qui combine culture, créativité, patrimoine, folklore et savoir indigène avec le bien-être individuel, social et écologique. Ce voyage au long cours vous invite à vous rassembler en ligne pour explorer, découvrir et apprendre le gaëlique au sein d’une communauté globale.”

Envie de gaëlique

Après avoir entendu l’auteur et documentariste Manchán Magan parler de ce cours unique en son genre qu’il avait créé avec Trailblazery, j’ai consulté le site internet et je me suis inscrite tout de suite. Le lendemain, moins de 48 heures après l’ouverture des inscriptions, les places étaient toutes prises. 

De toute évidence, je ne suis pas la seule à avoir envie de (re)connecter avec le gaëlique. 

Scoil Scairte signifie “école buissonnière”, en référence à l’interdiction du gaëlique au XVIIIe siècle, qui força les Irlandais à se rassembler dans les champs et les bois pour préserver et perpétuer leur culture.

Le gaëlique m’intrigue depuis un moment, et Scoil Scairte est donc tombé à point. En début d’année, j’ai lu le bestseller surprise de Manchán Magan, 32 Words for Field (“32 façons de dire champ”). En refermant le livre, une pensée m’a traversé l’esprit : “Comme j’aimerais pouvoir parler gaëlique !” 

Mais à moins d’être tombé dedans étant petit, le gaëlique demeure quasi inaccessible. Je le vois au quotidien avec les devoirs en gaëlique des graines de chêne : malgré les efforts de leurs enseignants, le gaëlique reste pour eux une langue étrangère qui ne sert à rien.

A la découverte du gaëlique

Scoil Scairte me permet de goûter au gaëlique – exactement ce que je recherchais. Peut-être que je continuerai de l’apprendre plus formellement, une fois que Scoil Scairte aura pris fin. Ou peut-être pas. Pour le moment, j’aime redevenir débutante, à prononcer tant mal que bien des sons inconnus et à tenter de pénétrer les secrets du gaëlique. 

Car apprendre une autre langue est comme de voir d’un œil nouveau.

Manchán Magan précise : “Le gaëlique nous offre une façon magique de voir le monde autour de nous. Il révèle les connexions cachées que nos ancêtres percevaient entre toutes choses : des champs aux vagues en passant par les fleurs et le faucon. Le but de Scoil Scairte est de redécouvrir les mots perdus d’Irlande et les différentes façons qu’ils contiennent d’appréhender le monde.” 

A chaque séance hebdomadaire, son thème et son intervenant, avec une leçon donnée par la musicienne Eithne Ní Chatháin et de la musique pour finir.

Il n’y a eu que trois séances, mais chaque semaine, une magie unique opère, qui révèle les histoires cachées dans les paysages d’Irlande, qui nous emmène à la découverte d’une langue millénaire ancrée dans la nature, qui tisse une tapisserie de mots et de racines et de rêves pour l’avenir.

Un alphabet d’arbres

Un matin de la semaine dernière, après avoir fini de lire A la Recherche de l’Arbre-Mère, de Suzanne Simard (la scientique qui a découvert que les arbres communiquent entre eux par leurs racines), je me suis réveillée avec, en tête, la phrase gaëlique Is crann darach mé : “je suis un chêne”.

Quelques jours auparavant, l’intervenant Timmy Creed avait invité les étudiants de Scoil Scairte à explorer le thème “Racines” et à composer un texte, en gaëlique si possible, inspiré par le Chant de Amergin, le plus ancien texte connu en gaëlique. Timmy avait aussi mentionné l’existence d’un Irish Tree alphabet (“alphabet d’arbres irlandais”). L’artiste et activiste Katie Holten a dessiné un arbre natif d’Irlande pour chacune des lettres de l’alphabet : D pour dar, “chêne”. 

Ayant téléchargé la police Irish Trees sur le site treealphabet.ie, j’ai commencé à taper ces mots sur mon clavier : Is crann darach mé. Un à un, des arbres apparurent sur l’écran.

J’étais en train d’écrire une forêt.

Le reste du poème m’est venu comme de nulle part. J’ai écrit une forêt – une vision pour que l’Irlande redevienne la terre des Gaëls, ou “peuple de la forêt”.

 

 

 

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